« Il me teste ! Il me cherche ! «

Aujourd’hui, je réponds à une grande question qui m’est posée régulièrement dans mon bureau, à savoir : pourquoi les enfants testent nos limites ?

Ce qui veut dire : j’émets une consigne, et mon enfant ne répond pas aux attentes systématiquement, sur-le-champ. Je me dois alors de répéter plusieurs fois la consigne. C’est à ce moment-là que je me dis comme parent : IL TESTE MES LIMITES !! Il veut savoir jusqu’où mon « élastique » va s’étirer. Je suis certaine que plusieurs d’entre vous se reconnaissent dans ce portrait.

 

Fréquemment, les parents me disent que pourtant, le cadre est là, il est clair, conséquent, et constant. Que leur enfant sait très bien quelles sont les consignes à respecter, quelles sont les règles de la maison. Mais, un beau jour, il décide de tester une de ces règles. Par exemple, il n’a jamais eu le droit de sauter sur le divan à la maison, il le sait très bien et il ne le fait jamais. Ce jour-là, il décide quand même de sauter sur le divan et je dois répéter 3-4-5 fois “Descends du divan” ! On se dit alors « Mais qu’est-ce qu’il fait ? Pourquoi me teste comme ça ? ».

Je suis heureuse de pouvoir vous répondre… Voici pourquoi les enfants font ça !

 

On a souvent l’impression que les enfants agissent ainsi pour s’opposer. Je vais régler cette question aujourd’hui. Non ! Ils ne le font pas pour nous “écoeurer”. Les parents me disent « Il le sait comment venir me chercher !! On dirait qu’il sait exactement sur quel bouton peser ! ».

 

Pourtant le tout-petit, entre 0 et 5 ans, n’est généralement pas dans la manipulation. Jusqu’à l’âge d’environ 3 ans et demi, son cerveau n’est tout simplement pas assez mature pour être capable d’agir dans l’intention de vous manipuler (je vous invite d’ailleurs à consulter ma capsule vidéo sur le sujet sur mon site ou sur Youtube).  Il n’a pas comme intention de s’opposer ou de vous mettre à bout. Il teste plutôt vos limites pour se sécuriser. Mais attention, cela ne veut pas dire qu’on a nécessairement un enfant « insécure » ou qu’il a une problématique d’anxiété. C’est son « job » d’enfant de chercher à se sécuriser, donc de tester les limites, de vérifier jusqu’où il peut aller.

 

Je pourrais vous expliquer ce concept avec l’analogie de la clôture. Quand on parle de discipline ou de cadre à la maison, c’est comme la clôture dans la cour arrière de la maison. Si le terrain n’est pas clôturé, l’enfant n’ira pas explorer avec beaucoup d’autonomie et d’aisance parce que cela peut être potentiellement dangereux pour lui et augmenter son sentiment d’insécurité. Par contre, si ma cour est clôturée, l’enfant connaît clairement les limites et peut se promener librement dans ce cadre sans avoir peur. Mais un beau jour, alors que l’enfant n’a jamais fait cela, il se peut qu’il monte dans la clôture. On le voit grimper et faire trembler la clôture comme s’il voulait passer par-dessus. Que fait-il à ce moment-là ? Il s’oppose ? Non ! Il essaie de vérifier la solidité de cette clôture. Il veut vérifier si la clôture est assez sécuritaire pour lui, pour savoir s’il peut jouer dans la cour sans se faire surprendre par un chien ou un étranger par exemple. En comprenant sa façon de réfléchir, on comprend qu’il fait ça pour se sécuriser.

 

Quand l’enfant teste vos limites, c’est ce qu’il fait. Il est en train de vous tester comme parent pour savoir « À quel point je peux compter sur toi ? À quel point je peux avoir confiance en toi ? ». Comme vous vous en doutez, la pire chose qu’on peut faire serait de se plier, de s’assouplir et de se dire qu’aujourd’hui, je vais lui permettre de sauter sur le divan même si d’habitude, je refuse.

 

L’enfant qui teste nous dit inconsciemment « Papa, maman, j’espère que tu vas me dire non, parce que je veux savoir que tu es stable, que tu es confiant. Que dans la vie, peu importe la tempête, tu ne plieras pas. Je peux avoir confiance en toi. ».

 

On entend souvent les enfants dire que leur père ou leur mère sont les plus forts. C’est exactement ce qu’ils ont besoin de confirmer. Qu’on est forts, solides dans nos interventions et qu’on ne pliera pas dans la tempête.

 

Donc, l’enfant qui teste nos limites est en train de nous dire : « De grâce, soit constant et dis-moi non si tu juges que c’est nécessaire. C’est ce dont j’ai besoin pour me sentir en sécurité ».

 

Mélanie Bilodeau, M.Sc.
Psychoéducatrice

Crédit image : Designed by Freepik

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